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dimanche 16 août 2009

Franc-maçonnerie en Algérie, ce n'est pas un mythe.

Un des articles les plus repris sur les blogs, les forums et même ailleurs, mais comme on dit chez nous Allah leur pardonne... Il est vrai que c'est un des rares articles qui aborde un sujet compliqué à appréhender.

Franc-maçonnerie en Algérie

Une vieille histoire


Des francs-maçons en Algérie, la sentence ressemble à un scoop de tabloïd de hall de gare. Les francs-maçons ont bien existé en Algérie et des documents sérieux et authentiques le prouvent.



Il y a sans conteste les maçons de la loge algéroise de Bélisaire créée autour de 1835. Une loge officielle que les colonisateurs ont ramenée dans leurs bagages. Il reste que l’ancienneté des écritures sur lesquelles se fonde la franc-maçonnerie, la transmission d’un savoir ésotérique qui foisonne de références historiques, laisse penser que les maçons existaient en Algérie bien avant l’arrivée des Français et ce sont les francs-maçons eux-mêmes qui le soutiennent.

Un franc-maçon de la loge de Bélisaire du nom de Piessel, en voyage dans le sud-est algérien au milieu du XIXe siècle parle d’une zaouia, celle des Khouan. Pour lui, cette “secte indigène” appartient à “la grande famille” par une ramification oubliée ou encore un filon perdu. La revue La Maçonnerie africaine parle encore des Khouan et soutient que les termes utilisés par cette société secrète ou les attouchements – les francs-maçons ont des façons propres à eux de se saluer et pour se reconnaître – sont liés directement aux maçons. Des aspects difficilement vérifiables mais qui rappellent que la maçonnerie, par son ancienneté et les conditions de sa création, fait que le lien entre Orient et Occident sur ce plan est indubitable. Mais au delà de la quête purement intellectuelle, il y a aussi les textes officiels des loges recueillis par Xavier Yacono dans la revue Africaine en 1951. Ce dernier signale que “dans le Registre des Procès-Verbaux de la Chambre de Paris du Grand Orient en date du 14 septembre 1785, le TCF (très cher frère en écriture maçonnique, ndlr) Mouhammed Techeliby, Algérien, a demandé l’entrée du temple et a été introduit après avoir été thuilé (?) aux trois premiers grades. Ce F (frère) étant muni d’un certificat d’une L (loge) d’Angleterre a prié la Chambre de le viser, ce qui a été accordé à l’unanimité”.

Dans le même article de Yacono, “un procès-verbal de la 168e assemblée générale du Grand Orient du 7 avril 1786 dit que le F Méhémet Celibi, maçon algérien, a dit que s’étant trouvé à l’de Nantes et désirant fraterniser avec les maçons français il s’était présenté à la L de la Parfaite située sous le même O, mais que les FF de cette L, quoiqu’il fût connu du vénérable, lui ont refusé l’entrée de leur temple en lui faisant dire que la différence de religion ne leur permettait pas de l’admettre à leurs travaux. Le même F algérien, afin de ne plus être exposé à de semblables refus en visitant d’autres ateliers (sic) a prié le GO de lui accorder la faveur de viser les patentes maçonniques qui constatent sa qualité de frère”. Celebi, selon la graphie turque, ou Tchelebi, a pu faire viser ses patentes prouvant sa qualité de frère le 11 avril, alors que devait se tenir une assemblée de trois ateliers.

Mais le Tchelebi en question n’était pas seul ! Yacono découvre, dans les archives du Grand Orient, un autre Algérien. Dans un extrait de la 184e assemblée extraordinaire du 13 juillet 1787 : “Le R président a invité l’assemblée à accorder des secours aux FF Abraham Gollingo, Turc, et Abraham Baker (peut-être une mauvaise transcription de Bakir ou Bakr, ndlr), Algérien ; il a même proposé de faire une quête extraordinaire en leur faveur.”

Une quête qui rapporté la somme de trente livres deux sols et on y a ajouté une somme “quelconque prise dans la caisse des secours” pour permettre aux deux frères de poursuivre leur route. Cela dit, les documents trouvés par Yacono ne disent pas où ces “frères” ont été initiés.


Abdelkader, une énigme ?

“L’Emir Abdelkader, un maçon”, la phrase fait sursauter beaucoup monde tant l’ignorance de la franc-maçonnerie pousse aux conclusions les plus hâtives. Dans le même temps, le fonctionnement secret de la franc-maçonnerie permet en fait de taxer n’importe qui de maçon d’autant qu’il n’a plus les moyens de remettre en question l’assertion. L’Emir Abdelkader, fondateur historique de l’Etat algérien moderne, combattant et résistant à la colonisation mais aussi grand ami de la France après avoir intercédé en faveur des chrétiens de Damas qui ont failli être massacrés, aurait été initié à Alexandrie, en Egypte. Il n’est pas un ouvrage généraliste, un texte maçon accessible aux profanes, la moindre liste des personnalités célèbres qui ont été franc-maçon qui ne rappelle inlassablement que l’Emir Abdelkader était un “frère”.

Christian Guigue, franc-maçon et historien, interrogé à propos de l’initiation de l’Emir, indique que “personne ne peut retirer la qualité maçonnique d’un franc-maçon ni même ses frères ni son obédience. On peut l’exclure mais en aucun cas annuler sa qualité de maçon comme il est impossible de retirer la qualité de musulman à un homme puisque la circoncision et son engagement devant Allah ont eu lieu”. Un texte historique, un procès-verbal de la loge Henri VI à Paris précise que “le F Emir Abdelkader a été reçu en visite” dans cette loge. Mais une visite à la loge n’est aucunement la preuve d’une initiation. Pour Guigue, “l’Emir Abdelkader semble le plus ancien (musulman et algérien) sinon le premier pour l’ancienne zone française”.

Christian Guigue indique qu’il y a non seulement “des maçons algériens célèbres actuellement. Il reste impossible de donner des noms de maçons vivants”.

Quant aux loges, elles peuvent exister (Guigue refuse d’être affirmatif), “mais travaillent cachées”. Cette façon de faire n’est pas nouvelle, “ce fut toujours le cas au Maghreb. Un membre de ma famille a fondé et fait travailler plusieurs loges en Tunisie, Maroc et Algérie alors que cela était interdit par le pouvoir en place. Elles ont eu une existence officielle, ayant été soutenues par le Grand Orient de France en ce temps-là”.



Zaouïa ou loge maçonnique ?

Mais finalement, quelle meilleure manière a-t-on en Algérie pour cacher aux yeux indiscrets l’existence d’une loge maçonnique ? Effectivement les va-et-vient, les tenues (nom donné aux réunions chez les maçons) les convents (les assemblées générales), les initiations et les travaux multiples et variés d’une loge pourraient laisser supposer l’existence de pratiques clandestines. A moins de transformer la loge en mouhafada du FLN, la meilleure façon de la camoufler reste la zaouïa. Si on pratique des rites ou des rituels, cela n’offusque personne et ne devrait pas semer le doute. D’autant que les adeptes d’une zaouïa comme il y en a beaucoup en Algérie peuvent venir de partout et se réunir de manière régulière. A ce propos, on parle d’une zaouïa à Mostaganem dont les adeptes sont parfois des universitaires ou des hommes d’affaires. Des gens qui ne viennent pas pour invoquer le saint patron de la zaouïa mais pour des réunions. Le cheikh de cette zaouïa, qu’on s’attendrait à voir habillé d’une gandoura et portant turban, porte un costume-cravate, a une vie sociale tout à fait normale et vaque à ses affaires.

Une autre zaouïa de Mostaganem se retrouve dans le parcours de René Guénon, personnage fantasque et célèbre pour les passionnés d’ésotérisme ; il est considéré comme le fondateur de l’école traditionaliste en franc-maçonnerie ou encore du “guénonisme”. Sa quête de la “parole perdue” le mènera vers la franc-maçonnerie puis vers l’église gnostique avant de se convertir à l’islam en 1910 sous l’influence d’un peintre présenté tantôt comme suédois, tantôt comme français, qui s’appellerait Yvan ou Gustave Anguéli, devenu Abdoulhadi.

René Guenon devient alors Abdelwahid Yahia, avant de recevoir la baraka en Egypte d’un cheikh de la tariqa chadlya, Addel-Rahmân Elish el-Kebir. Guenon fera un tour par l’Algérie en 1917 en tant qu’enseignant et séjournera près d’une année à Sétif.

Dans les années trente, on verra se former autour de Guénon tout un groupe d’Européens : Schuon, Titus Burckhardt, Martin Lings, Michel Valsan, qui ne verront de salut que dans la voie ésotérique musulmane. Son influence est telle qu’une loge sera créée avec son accord en France en 1947 puis une seconde sera créée en Suisse sous son nom. En fait, trois courants principaux de disciples ont été esquissés à la mort de René Guénon en Europe : ceux de Frithjof Schuon, de Michel Valsan et de Roger Maridort.

Mais on signale aussi le rôle du cheikh Alawî de Mostaganem (en Algérie) que Schuon rencontrera en 1932. Alors que nous sommes à la quatrième génération des disciples de Guénon, la majorité s’est convertie à l’islam. Non pas à l’islam traditionaliste ou encore aux préceptes salafistes, mais ont rejoint cet islam ésotérique, d’un ordre quasiment “intellectuel” dont le représentant le plus symbolique reste Ibn El-Arabi.

Pour Abdelouahid Yahia, des guildes de maçons opératifs existaient dans le monde musulman. “Ces maçons orientaux utilisaient même des marques similaires à celles de leurs collègues occidentaux du Moyen Age, et qui étaient appelées en arabe khatt el-bannaïn, c’est-à-dire ‘écriture des bâtisseurs’.” Mais tout cela appartient à un passé déjà assez lointain. Par ailleurs, dans les turuq islamiques ou confréries ésotériques (qui sont également “opératives” en fait, mais évidement dans un autre sens plus profond que le sens purement “professionnel”), certains éléments ont été conservés qui ressemblent étrangement au “compagnonnage” occidental, par exemple le port du ruban ou du bâton qui a exactement la même forme. En ce qui concerne le symbolisme de ces bâtons, il y aurait beaucoup à dire en rapport avec les sciences secrètes qui sont spécialement attribuées à Seyidnâ Suleymân.



Quand Bruno Etienne rencontre Abdelkader

Bruno Etienne, né en Algérie, est professeur de sciences politiques à l’université d’Aix-Marseille III. Spécialiste de l’Algérie et de l’islam, il est l’auteur, entre autres, d’une biographie extraordinairement détaillée sur l’Emir Abdelkader. Il s’agit en fait d’un dialogue imaginaire entre l’Emir et lui.

Franc-maçon et universitaire, Bruno Etienne a écrit également Une Voie pour l’Occident avec pour sous-titre La franc-maçonnerie à venir. Le lien de Bruno Etienne avec l’Emir ne s’arrête pas, bien sûr, à une rencontre intellectuelle. Il a aidé les premiers gouvernements algériens d’après l’indépendance. Il croyait sérieusement à la révolution socialiste menée d’abord par Ben Bella puis par Boumediene. Il a commis, entre autres ouvrages, à cette époque, L’Algérie comme montreur de conduite du Tiers-Monde. Mais cette approche quasi révolutionnaire, à la mode dans les années soixante, n’est pas l’essentiel dans sa rencontre avec l’Emir.

Bruno Etienne assista au rapatriement du corps de l’Emir Abdelkader. Cette rencontre posthume a dû le marquer puisque, travaillant sur la sédentarisation des nomades dans le Sud, Bruno Etienne fit probablement les mêmes remarques que René Guénon à son époque et vit que les musulmans dans le désert tracent, pour la prière dans le sable, des formes orientées. Le rapprochement est vite fait avec les temples maçonniques qui sont tous orientés, vers… l’Orient.

C’est aussi le rapprochement avec le soufisme et la spiritualité telle que définie par les mystiques. Mais si des liens entre le mouvement Maçonniques et les Algériens ont été tissés, ils restent enfouis dans les méandres de l’histoire sans que l’on sache où s’accrochent effectivement ces mêmes fils en Algérie.

Amine Esseghir

Les Débats semaine du 2 au 9 août 2005



Franc-maçonnerie en Algérie

Témoins d’hier et d’aujourd’hui

On ne s’étonne pas de voir deux livres saints sur le pupitre du Grand orient de France, la Bible et le Coran, pourtant on s’étonne de dire qu’il y a des francs-maçons en Algérie. Le Coran pour faire prêter serment aux maçons musulmans dans les loges du monde entier (*) et des dizaines de musulmans célèbres cités par les maçons eux-mêmes (le shah d’Iran, le roi Hussein de Jordanie entre autre). La Grande loge du Liban est majoritairement composée de membres de religion musulmane, mais dans tout cela peu ou presque pas trace d’Algériens.

Nabil, un franc-maçon algérien vivant à Montréal, indique que de nombreux maçons peuvent être croisés dans les loges françaises, notamment au Grand orient de France. Pour lui, “il y a des maçons algériens célèbres actuellement, mais il reste impossible de donner des noms de maçons vivants”. Il suppose que des loges officielles existent, mais travaillent cachées, se référant à l’histoire récente du Maghreb. “Un membre de ma famille a fondé et a fait travailler plusieurs loges en Tunisie, au Maroc et en Algérie alors que cela était interdit par le pouvoir en place. Elles ont eu une existence officielle, ayant été soutenues par le Grand orient de France en ce temps-là”, explique-t-il.

Points de Vue Initiatiques, la revue de la Grande loge de France, publiait il y a quelques années une intéressante interview de Sadi Bounab, musulman, franc-maçon d’origine algérienne, qui expliquait à la lumière de ce qui se dit des musulmans ou de ce qui se voyait (violence terroriste, fondamentalisme) que islam et maçonnerie ne sont pas incompatibles.

“Lorsqu’on arrive en franc-maçonnerie, le silence, pendant les réunions, est de rigueur pour le nouvel arrivant et cela pendant de nombreux mois. Il s’agit, en effet, pour lui, d’écouter le plus attentivement possible pour bien comprendre le sens de ce qui est dit. Ce sont l’analyse et la recherche éventuelle du message ainsi reçu dans la sérénité qui lui permettront de s’engager dans la voie de l’introspection. Se connaître soi-même n’est-il pas, en effet, le début d’une vraie quête, assurément longue et difficile, mais qui tout au long du chemin permettra de mieux comprendre l’autre avec comme corollaire la maîtrise de ses passions ? Pour un musulman, il va s’agir du djihad.”

Pour Bounab, également, “la franc-maçonnerie est un ordre initiatique, traditionnel et universel, fondé sur la fraternité. Elle constitue une alliance d’hommes libres et de bonnes mœurs de toutes races, de toutes nationalités et de toutes croyances. Franchement, je ne vois rien qui puisse, bien au contraire, gêner en quoi que ce soit la foi d’un musulman. Le problème, si problème il y a, est que l’Islam est méconnu et il se trouve que la franc-maçonnerie l’est également, même si chaque année quelques hebdomadaires en mal de tirage font paraître un dossier sur la franc-maçonnerie. L’Islam est méconnu : ce n’est qu’au travers des violences commises qu’effectivement des a priori se construisent. Pourtant, en France, quatre à cinq millions d’individus pratiquent à des degrés divers cette ‘religion’ et dans le monde les musulmans représentent environ un cinquième de la population du globe. Il faut, je crois, se rendre à l’évidence, si l’Islam était porteur de violence, la planète entière serait un champ de bataille”.

Il reste que ces approches éminemment spirituelles ne renseignent pas précisément sur le nombre et surtout l’influence des franc-maçons en Algérie. Si on suppose avec force que des “frères” activent en Algérie, on ne trouve pas trace claire de leur existence et les franc-maçons étrangers qui les connaissent ne les dénonceront pas.

Pour ce qui est des musulmans franc-maçons leur influence sur les médias et leur capacité à influer sur l’opinion publique paraît dérisoire quand on a vu quelle image de l’Islam ont aujourd’hui les Occidentaux. Mais lorsqu’on observe comment sont révélés des scandales liés aux loges et leurs actions secrètes, les accointances douteuses entre affairisme et franc-maçonnerie, on peut se demander si justement quelques aigrefins ne seraient pas tentés de se faufiler dans cette brèche pour mieux camoufler leurs méfaits et les maçons algériens seraient alors plus inspirés de se montrer.

Amine Esseghir

(*) Seul le rite écossais rectifié est exclusivement chrétien et templier

Les Débats semaine du 10 au 16 août 2005

Lettres de Baghdad

Rencontre avec des calligraphes Lettres de Baghdad S’il est un art majeur à qui Baghdad a donné ses lettres de noblesse c’est sans conteste la calligraphie arabe. Technique de l’écriture alors que l’imprimerie tardait à voir le jour, la calligraphie est devenue art sous les plumes des artistes irakiens, tels que Haïder Rabee, Abdreda Bahia Daoud ou encore Ayad Al Husseïni. Tous trois sont docteurs universitaires, enseignants et chercheurs à l’Institut des beaux-arts de l’université de Baghdad. Tous trois sont également des artistes accomplis. Leur CV, des litanies interminables qui rappellent les multiples prix décrochés et œuvres que l’ont peut retrouver un peu partout dans le monde. La question, bien entendu, était de savoir s’ils sont considérés comme des artistes officiels. Il faut bien reconnaître que la calligraphie est un art particulier. La gloire du régime irakien n’ayant pas sa place est peut-être rarement mise en avant si ce n’est au travers des banderoles que l’on croise un peu partout dans la ville. Mais les banderoles ne sont pas de l’art… Texte sacré qui fait de la lettre un message quasi spirituel, les calligraphes se sont, du fait de la nature même de leur travail, confinés dans l’affinement des techniques et de l’esthétique du texte sacré. Pourquoi le recours à la calligraphie ? "C’est d’abord une esthétique issue des règles mathématiques et des origines", indique Al Husseini qui a, aussi, requalifié la calligraphie en recourant à la scultpture. Cet artiste, né à Mossoul en 1956, a étudié en Turquie notamment. Il est, entre autres, concepteur de polices de caractères arabes pour l’informatique. Seule référence : le Coran. Pourquoi alors ne pas mettre "en texte" des poèmes par exemple ? "Le caractère prend son allure sacré du fait que l’on exerce sur lui un effort esthétique inspiré", explique Al Husseïni. Faut-il pour autant être musulman pour avoir recours au texte sacré. "Faux", s’insurge Haïder Rabee "des artistes chrétiens qui sont aussi des calligraphes assurés ont travaillé sur le texte du Coran. Ils reconnaissent ,eux-mêmes, ne pas avoir la même inspiration s’ils exécutaient des textes profanes", souligne-t-il . Haïder Rabee fait partie de la nouvelle génération d’artiste. Né en 1962 dans la ville chiite de Nadjaf, il a fait de la calligraphie un moyen de communication. Il passe ainsi de la peinture aux logos ou aux affiches. Bien entendu, on ne peut faire l’impasse sur la situation de ces artistes alors qu’ils vivent sous embargo depuis douze ans maintenant. "On a dû revoir nos priorité" explique Al Husseïni. " Cela dit, on ne s’est pas arrêté de travailler " indique Abdreda. De son nom d’artiste Rodane Bahia, il a signé un Coran calligraphié en Naskh et Thuluth pour la fondation Ramzi de Londres. Il a réalisé l’œuvre entre 1988 et 1993. "J’écrivais à la lumière du jour et la situation d’après- guerre m’a beaucoup aidé. Le pays était en pleine reconstruction et il n’ y avait rien à faire pour moi si ce n’est de me trouver une occupation intéressante", raconte-t-il. Mais au-delà de la guerre et de l’embargo se sentent-ils libres ces artistes ? "Avant la liberté je crois que nous cherchons d’abord la reprise économique", esquive Al Husseïni. A.E. In le quotidien l'Actualité Alger novembre 2002

samedi 15 août 2009

J’ai visité Abou Ghraïb

Un bagne symbole de la souffrance du peuple irakien.

  J’ai visité Abou Ghraïb  

In La Dépêche N°32 semaine du 25mai au 1 juin 2004. Le contenu de cet article, envoyé de Baghdad, a été publié en octobre 2002 dans le quotidien L'Actualité, journal "décédé" en septembre 2003.

Abou Ghraïb, le nom étrange de ce bagne de haute sécurité a fait le tour de la planète à l'occasion de la publication de quelques clichés pris en guise de photos souvenir par des soldats américains en train de se défouler sur les prisonniers irakiens après une journée de harcèlement par les résistants. 

Pourtant Abou Ghraïb, que des sénateurs américains dans un sursaut de dignité, ont appelé à raser pour effacer la honte, est devenu le symbole de la répression qui s'est abattue sur un peuple qui a souffert sous la dictature de Saddam Hussein et continue de souffrir sous la torture des occupants ; Abou Ghraïb n'est pas une prison, c'est le monument érigé en hommage à la souffrance du peuple irakien.

Dans les derniers mois du règne de Saddam Hussein sur l'Irak, fait exceptionnel, la prison a été ouverte aux journalistes étrangers venus couvrir le référendum du 15 octobre 2002 qui avait vu le " raïs " remporter 100% des suffrages. 

Dernier journaliste algérien resté en Irak à attendre la guerre, je me retrouvai avec de nombreux confrères européens et américains convoqué un 19 octobre à une conférence de presse au centre de presse du ministère de l'Information irakien. 

Au bout d'une heure d'attente un bruit de couloir fait savoir que les journalistes sont attendus au rez-de-chaussée. Oudai Attaï, directeur de l'information au ministère du même nom recevait quelques vedettes de la presse internationale dans un bureau avant d'en sortir pour hurler dans un anglais avec un fort accent "all of you got cars ? "… une réponse à l'unisson se fait entendre " yes, yes, yes "… 

J'ai à peine eu le temps de comprendre que je me retrouve a chercher moi aussi une voiture que je n'ai pas prévue. Je demande à Oudai Attaï que doivent faire ceux qui n'ont pas de voitures ? Visiblement irrité, il ne répond pas et me lance juste un regard méchant. Je m'accroche à une équipe de la télévision française France 3 baptisée par ses membres la BAS (brigade anti scoop) et visiblement aussi perdue que moi. 

Le fourgon Mazda que nous empruntons "blinde à mort " et a du mal à suivre le convoi des bolides lancé tombeau ouvert sur l'autoroute Baghdad-Falloudja. Nous perdons le cortège à un croisement. Des policiers à un barrage nous font des signes… nous sommes sur le bon chemin. 

Nous arrivons bon dernier à une sorte de no man's land faisant oublier l'opulence architecturale de Baghdad. Nous nous rangeons là où les voitures se sont garées… je m'exclame, "mais c'est la prison". Le panneau en arabe est sans équivoque "centre de rééducation et de réadaptation". Nous sommes à la prison d'Abou Ghraïb.  

Nous sommes en prison 

Saddam Hussein a décidé une grâce générale pour tous les détenus, même les prisonniers politiques, indique le communiqué de la présidence lu à la radio. Dans les minutes qui suivent notre arrivée, une foule compacte commence à se former devant le portail principal de la prison. 

L'annonce faite à la radio et à la télévision a rameuté les populations à croire que tout Baghdad a un membre de sa famille dans les geôles de Saddam Hussein. 

Le ministre du travail, dont dépend la prison, répète devant les caméras de CNN, d'Al Jazira et de France 3 que le président a décidé libérer tous les prisonniers détenus en Irak parce qu'ils ont voté pour lui avec le sang. Discours sans contenu et le ministre refuse de répondre à la moindre question, il veut juste être filmé. 

La cour à l'entrée de la prison, parfaitement entretenue n'échappe pas à la propagande locale. Un portrait géant de Saddam Hussein orne les lieux. C'est le cadeau offert par des prisonniers artistes peintres au "Qaïd", lit-on en bas du tableau. 

C'est aussi la particularité de ce bagne des temps modernes. On peut trouver de tout dans les cellules. Des peintres, des artistes, des universitaires, des poètes, des hauts fonctionnaires, des insoumis au service militaires et aussi des voleurs ou des assassins. Il y avait aussi des dissidents Kurdes. 

Comme toutes les prisons du monde la restriction des libertés s'accompagne de moyens de coercitions. Des caves en sous sol, des cabines en tôle ondulées dans les cours, livrées au froid ou à la chaleur pour les récalcitrants. Les moyens de contraindre les individus à l'obéissance sont inclus dans les infrastructures, les américains "libérateurs" n'ont eu qu'à se servir. 

Les premiers prisonniers commencent à sortir et c'est toute l'image de la détresse qui saute aux yeux. Habillés, pour les mieux nantis, de survêtements, la majorité porte des djellabas misérables, beaucoup n'ont ni chaussures ni savates au pieds. En guise de bagages, des sacs. 

Ce sont les prisonniers des quartiers des peines légères. Par paquets de dix, de cent de mille, on ne compte plus. L'étroite cour de l'entrée ne suffit plus, les portails commencent à s'ouvrir, ils s'ouvrent sur l'infiniment grand.  

Une prison pour tout un peuple 

La gentille cour fleurie précède un espace immense et se succèdent ainsi des murailles, des portails et des grands espaces. La prison est bâtie sur 115, 120, 140, 150 hectares… personne n'est capable d'indiquer la surface exacte, ce qui est certain c'est que ceux qui ont construit une prison aussi grande étaient persuadés qu'un jour ils devraient la remplir. 

Une muraille, des miradors, ultra moderne qui rappellent par leur forme des tours de contrôle d'aérodrome. Il faut effectivement voir de très loin, pour pouvoir maîtriser un tel espace. 

Derrière chaque portail une aire gigantesque se déploie entourée des quartiers de détentions. Portail après portail on découvre la grande place de la prison, l'aire de rassemblement, là ou se déroule l'appel, à proximité de la décharge de la prison. Des tonnes de sacs poubelles d'où se dégage une odeur acide qui vous attrape à la gorge. Une montagne d'ordures, il parait que c'est celle d'une journée… mais combien sont-ils là dedans ? 

Au fur et à mesure que le temps passe la foule des prisonniers libérés enfle. Ils portent un bric-à-brac de foire du trône fait de poste de télévisions, de ventilateurs, de réfrigérateurs, de malles, de caisses… certains étaient là pour longtemps, autant s'organiser en conséquence. La place centrale fait l'équivalent d'au moins quatre stades de football. 

Ici se déroulaient des punitions collectives… Etrange : sur une partie de la place des gradins. 

Au fond un autre portail qui s'ouvre sur un autre portail pour atteindre enfin le quartier des peines lourdes. Ce sont les derniers prisonniers à être libérés. Le minimum de condamnation ici c'est dix ans, le maximum c'est la peine capitale. 

Là je rencontre dans la foule qui attend Oum Esma, du moins elle a une fille qui s'appelle Esma. Elle porte le voile noir traditionnel elle a une cigarette aux lèvres et me demande du feu. Je lui dit que je n'en ai pas, un homme à proximité allume galamment son briquet. A ma réponse elle se rend compte que je ne suis pas irakien. Je planque mon appareil photo et je lui dis juste que je suis Algérien. Elle vient attendre son mari. Il a été condamné à quinze ans de prison pour coups et blessures. Il n'a tué personne, elle m'explique. Il s'est battu avec son cousin après une querelle de voisinage. Il l'a laissé avec ses deux filles. Elle doit se déplacer chaque semaine pour lui ramener à manger. Elle doit aussi nourrir ses filles. Elle fait des ménages, vend des légume au marché, près d'Echawaka, vieux et pauvre quartier populaire de Baghdad. 

Une dame à l'allure très citadine et très respectable accompagne Oum Esma. Elle attend son fils. Elle ne dit pas pourquoi il a été arrêté. Elles se sont connues lors des visites à la prison. Elle m'explique que la prison est une ville, une grande ville "mais sans femmes". 

Dans le quartier des peines lourdes elles m'indiquent qu'il y a au moins 12 000 personnes. En l'absence d'un chiffre officiel, je me contente de cette statistique et je multiplie par le nombre de quartiers. La prison renfermerait donc 48 à 50 000 personnes. 

Le chiffre est effrayant, incroyable, je n'ose pas le croire, je le confirme seulement. Les premiers prisonniers ont été libérés à 15h, à 19h j'essaye de me frayer un chemin dans la cohue et le flux ininterrompu de personnes qui se poursuivait à la même cadence. Minuit on indique que des gens quittent toujours la prison. 

Aujourd'hui on annonce qu'ils étaient 7000 à cette époque. Dans la foule où se mêlent membres des familles, détenus et curieux on ne sait plus qui est qui. 

Un passant me demande dans quel quartier j'étais détenu ! De toute façon ça n'a aucune importance l'Irak est une grande prison. 

Dans le flot des libérations on apprendra que onze algériens étaient détenus en Irak pour des délits de droits communs.

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