dimanche 15 juillet 2012

Il y a 50 ans: l’indépendance de l’Algérie - Un impact jusqu’au Québec

Il y a 50 ans aujourd’hui, le 5 juillet 1962, l’Algérie accédait à l’indépendance après plus de sept années de guerre. Le conflit, qui a déchiré la France du général Charles de Gaulle, a aussi marqué le Québec d’une autre manière. Regard sur les traces que la guerre d’Algérie a laissées ici.

Amine Esseghir - collaboration spéciale

1956: le chansonnier québécois Raymond Lévesque est à Paris et s’intéresse de près à la guerre d’Algérie qui fait alors rage depuis un peu plus d’une année. Le matin, sur l’un des ponts qui enjambent la Seine, il interpelle joyeusement le journaliste Pierre Nadeau, plus loin sur un autre pont, cherchant à voir jusqu’où sa voix peut porter. Nadeau raconte : « À 5 h ou 6 h du matin, il s’enflammait et faisait des déclarations pro-FLN [Front de libération nationale d’Algérie]. Je trouvais ça impressionnant », dit-il dans un enregistrement réalisé par Radio-Canada en 2006.

Sa voix a porté loin, très loin. La chanson qu’il a écrite pour dénoncer la souffrance des Algériens deviendra possiblement la chanson québécoise la plus connue de toute la francophonie : « Quand les hommes vivront d’amour / il n’y aura plus de misères ». Aujourd’hui, seuls « les Québécois plus âgés ont souvenir que la chanson de Raymond Lévesque a été écrite pour dénoncer la souffrance d’un peuple », croit Denis Chouinard, cinéaste et professeur de cinéma à l’École des médias de l’UQAM.

Pourtant, à l’époque, Raymond Lévesque n’était pas seul à parler d’Algérie au Québec. Comme le signale Louis Fournier, journaliste, historien, auteur d’un livre sur le Front de libération du Québec (FLQ, histoire d’un mouvement clandestin), « on s’est intéressé à tous les mouvements d’émancipation, que ce soit le Vietnam ou la lutte des Noirs aux États-Unis. Mais l’Algérie, on s’en sentait plus proches à cause de la langue française ».

Un autre Lévesque, René, qui fondera plus tard le Parti québécois, est alors journaliste. Il anime Point de mire, une émission d’information politiquement engagée, à la télévision de Radio-Canada. Le décor : une carte géographique, qui indique aux Québécois où se trouve la contrée lointaine. René Lévesque consacre son émission du 10 février 1957 au conflit qui déchire l’Algérie. Il définit ce qu’est une « colonie d’implantation » et fait le parallèle avec le Québec. « La colonie d’implantation, c’est un peu ce qu’était la Nouvelle-France, c’est-à-dire celle où on envoie des citoyens, les fils du pays, s’installer. » Il explique les enjeux de la colonisation et ses implications humaines. Surtout, il explique que bien des colons français sont en Algérie pour des raisons autres qu’économiques. « Ceux-là, ils ont une seule supériorité dans la vie, comme les petits Blancs dans le sud des États-Unis : c’est d’être quand même, malgré leur malheur, supérieurs aux musulmans et aux Arabes ». Pour eux, explique Lévesque, « l’idée d’égalité [entre Français et Algériens] serait de leur enlever la seule supériorité qui leur reste ».

Lectures révolutionnaires

Ces définitions lucides ne sont pas le fruit d’une inspiration soudaine, mais certainement tirées des lectures des intellectuels québécois de cette époque. « Il y avait une fraction du mouvement indépendantiste qui se sentait des affinités avec ce mouvement de décolonisation. Les livres de Jacques Berque ou d’Albert Memmi [deux auteurs français nés au Maghreb] étaient importants pour nous », précise encore l’auteur Louis Fournier.

Comble de l’audace, à la fin de son émission, René Lévesque diffuse des images de la guerre filmées du côté du FLN algérien. Une première pour une télévision occidentale. La France lui interdira dès lors d’aller enquêter sur le terrain en Algérie. Pour son émission d’octobre 1957, il fera des reportages de la France pour parler « des événements ».

La guerre d’Algérie est également présente chez nombre d’intellectuels de gauche au Québec à partir de 1958 : l’événement est pour eux passé de l’intérêt à l’inspiration. André Laurendeau, dans ses éditoriaux publiés dans Le Devoir, réclame avec insistance l’autodétermination pour l’Algérie. Dans les publications plus à gauche, comme La Revue socialiste ou Cité libre, on est foncièrement favorable au FLN, tout en différenciant souveraineté du Québec et indépendance de l’Algérie.

Pourtant, Jacques Ferron, écrivain aux multiples facettes, assimilait déjà les aspirations québécoises à une lutte anticoloniale. Il écrivait que « la guerre d’Algérie est survenue à point nommé » parce qu’elle permettait aux militants de gauche, foncièrement souverainistes et favorables à la lutte des Algériens, de montrer qu’ils n’étaient pas « racistes, impérialistes et pantins ».

Mais comment s’est caractérisée l’influence de cette guerre sur le mouvement souverainiste au Québec ? Pour Marion Camarasa, historienne et spécialiste de l’émigration des Algériens au Canada, « la guerre d’Algérie a permis à l’histoire québécoise de se détacher un peu de la référence française ». Mieux, en prenant la leçon de la guerre d’indépendance en Algérie, le mouvement souverainiste s’est agrippé à une revendication politique qui exclut tout recours à la violence. « Les gens ont bien vu que ce n’est pas en posant des bombes qu’on allait obtenir notre indépendance, mais que c’était par un mouvement démocratique et par des élections », précise Louis Fournier.

Qu’est-il resté de cette passion révolutionnaire après l’indépendance de l’Algérie ? Des liens, des amitiés peut-être. Comme celles de Gilles Pruneau, militant du Front de libération du Québec, qui s’exile à Alger en 1963. Après la Crise d’octobre, le FLQ caresse le projet d’une délégation dans cette ville. Un projet qui se concrétisera effectivement, toujours selon Louis Fournier, à la fin de 1970.

Aujourd’hui, le souvenir de cette effervescence révolutionnaire s’est estompé. Mais pour Marion Camarasa, il demeure vivace « auprès des Québécois ayant été acteurs de la Révolution tranquille, des militants du PQ par exemple ». De cette Algérie révolutionnaire, outre son histoire récente et violente, ne subsiste plus au Québec aujourd’hui que l’immigration dite économique et son lot de problèmes d’intégration. Les deux films récents qui ont marqué le cinéma québécois, Ange de Goudron en 2001 de Denis Chouinard et Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau, ont mis en lumière cette présence algérienne en terre québécoise. Mais du lien historique, il n’a plus été question. Pourtant, rappeler cet épisode « permettrait certainement une valorisation de la société algérienne en tant que société qui a contribué intellectuellement à l’histoire québécoise. Un autre regard serait ainsi permis sur cette immigration algérienne au Québec, qui a beaucoup pâti des préjugés liés à la conjoncture internationale », conclut Camarasa.

In Le Devoir du 5 juillet 2012

dimanche 10 juin 2012



Documentaire sur la vie et l'oeuvre de Abderrahmane El Djilali, érudit et religieux Algérien inventeur du prêche et de la fetwa médiatique. Il a été également un fervent défenseur de l'identité Algérienne menacée d'extinction sous la colonisation comme il fut dramaturge et grand spécialiste de la musique et du chant andalous. Guide spirituel, il a toujours proné un Islam de tolérance et de paix. Le documentaire a été réalisé dans des conditions très difficiles notamment à cause des restrictions budgétaires imposées par le producteur. Mais je crois qu'il était utile de mettre en lumière l’œuvre d'un homme qui a prouvé qu'un autre islam, en dehors du salafisme et de l'intégrisme, est possible.

mercredi 11 avril 2012

Le printemps arabe, Internet et les réseaux sociaux

La révolution 2.0 a-t-elle existé ?

Par Amine Esseghir

La « révolution 2.0 », la révolte de la génération Internet. Que n'avons nous pas entendu au sujet de ce printemps arabe aux liens étroits avec les TIC, avec l'usage salvateur de l'Internet et avec le truchement bienfaisant des réseaux sociaux. En fait, aujourd'hui que les clameurs commencent à se taire, on se rend compte que les médias nous ont vendu tout simplement un mythe technologique comme le XXIe siècle aime bien en créer et en créera sûrement.

2.0... en un !

Il a fallu d'abord prendre le recul nécessaire et le temps de la réflexion pour voir quelle était l'implication de l'Internet dans les révoltes arabes. Réfléchir au-delà des faits, ne serait-ce que pour ne pas réduire un mouvement social et politique profond à une histoire de partages de liens sur Facebook.

Il était effectivement inquiétant de voir les révoltes dans les pays arabes, naitre uniquement que d'un effet de mèche allumée à travers la toile au lieu d’être l’expression du rejet profond des régimes contestés. D'ailleurs, dès le début, au moment où la Tunisie s'enflammait, les discours sur le complot global se sont fait jour pour répondre justement à cette thèse qui soutenait que la révolution est celle suggérée par Internet et rien d’autre.

Cette hypothèse qui évoquait l'existence d'un Internet manipulé permettait surtout de réduire de l'ampleur des révoltes arabes et de leur profondeur alors que la suite des événements a bien souligné l'apport marginal d'Internet et des réseaux sociaux quand les populations, en Tunisie et en Egypte en particulier, ont commencé à structurer des revendications et des démarches visant à donner des suites palpables et constructives à ces rébellions, notamment avec les errements, les erreurs et les excès que connaissent tous les changements politiques brutaux. Dans ce cas, Facebook ou Twitter et la toile en générale ont été de peu d'utilité pour calmer la situation ou aller vers des directions favorables à une partie ou une autre.

Cela est d'autant plus vrai qu'en dehors de la Tunisie et de l'Egypte, puis dans une moindre mesure dans le cas du Yemen et de la Syrie - pour des raisons propres à chaque pays - on a vite vu la limite des appels aux rassemblements et à la mobilisation via le net. Les cas de l'Algérie et du Maroc soulignent définitivement que la révolte se bâtit sur des raisons politiques et sociales profondes et non sur des imitations folkloriques de la dite révolution du net. La fin du mythe est venue avec l'inutilité d'un réseau qui n'existe quasiment pas dans un pays comme la Libye où l'action politique et militaire a primé quand au bout de 190 jours d'insurrection militaire et plus de 7000 raids de l'aviation de l'Otan, Tripoli est tombé aux mains des combattants du CNT Libyen.

Lorsque la politique suggère l'action, agit-on vraiment en étant vissé sur sa chaise face à un écran d'ordinateur ? Assurément non, il suffit pour s'en convaincre de relire quelques uns des millions de messages des internautes laissés sur les pages révolutionnaires pour comprendre que l'émotion est le seul véritable moteur de ces révolutionnaires cybernétiques. Si on note une désinhibition et une transgression dans le propos, on sait aussi que ces « agissements » existent grâce à une sorte de protection qu'assure l'illusion d' anonymat que suppose le net et cette passivité confortable que procure cette impression d'influer sur son entourage ou son environnement en parcourant ou en adhérant verbalement à ce qui se passe dans son pays. Car pour les actes, il y a loin de la coupe aux lèvres. Ce qui a poussé le président Tunisien ou Egyptien vers la sortie ce sont les manifestations populaires dans les rues et les places, ajoutés bien sur à des questions politiquement très pointues d'équilibres des forces politiques et militaires dont bien sur Internet ne rend en aucune manière compte.

En finir avec le mythe
Ces observations post-révolutionnaires se sont fait jour chez des politologues iconoclastes tel que Evgueny Morozov, professeur visiteur à Stanford, auteur d'un très intéressant ouvrage sous le titre « The Net delusion » (l'illusion du Net).

A ce propos, il invente un concept fort captivant : la « cyberutopie ». Une cyberutopie qu'il dénonce parce qu'elle affublerait les technologies de télécommunication de capacités libératrices intérieurs qu'elles n'ont assurément pas. Mais au-delà de cette critique qui cible les romantiques qui veulent donner à Internet un rôle qu'il ne peut pas jouer, Morozov pointe aussi du doigt ce soutien officiel suspect des Etats-Unis aux blogueurs dissidents de tous poils ou aux initiatives technologiques en direction des régimes pour lesquels les USA n'ont pas beaucoup de sympathie tel que l'Iran le Vénézuela ou la Chine.

La Tunisie est certes le premier exemple à étudier, car ce pays n'a jamais été un point focal pour les Etats Unis. La Tunisie, carte postale de Ben Ali, satisfaisait totalement les Etats Unis et l'occident en général. Déstabiliser le régime Ben Ali ne peut en aucune manière être inscrit sur les tablettes de la Maison Blanche ou du Pentagone. Favoriser une dissidence via le net dans ce pays ce serait se tirer une balle dans le pied et l'actualité de ce pays, si paisible jadis, confirme plus que jamais les craintes d'un avenir immédiat plutôt sombre.

La Tunisie n'a pas été une révolution 2.0 pour une raison très simple, la révolte a débuté dans un patelin appelé Sidi Bouzid situé à l'intérieur des terres à près de 150 km à l'ouest de la ville moderne la plus proche, Sfax et une cinquantaine à l'Est de Gafsa.

Certainement que la diffusion via Facebook de l'information a joué tant le système Ben Ali était verrouillé jusqu'à la sclérose. On se permettait de dire et de montrer tout ce que le régime de Ben Ali abhorre. Mais était-ce la première fois ? Quand en 2008, les populations de Redeyef, une ville minière beaucoup plus facile d'accès située dans la même zone que Sidi Bouzid se sont révoltées, la police de Ben Ali n'a pas hésité à utilisé tout l'arsenal de terreur qu'elle possède pour limiter les dégâts pour le régime. Les images des manifestations et de la répression existaient sur le net à cette époque. Les verrouillages et censures ont été bien entendu mis en branle, mais les Tunisiens, habitués à cet état de fait, étaient champions émérites pour l’utilisation des sites miroirs. Il ne fait aucun doute que les images ont circulé dans toute la Tunisie sans que cela provoque la chute du régime.

Faut-il comprendre que la situation n'était pas propice au changement ? Très certainement et il faudrait analyser l'évolution de la contestation en Tunisie à la lumière de son histoire sur au moins les trente dernières années avant de pouvoir dire si c'est Internet ou non qui a fait tomber Ben Ali. Mieux, on ne sait toujours pas, de manière claire, quelle part statistique réelle a eu Internet dans sa capacité à mobiliser et à permettre d'agir pour faire chuter un régime dont les tunisiens ne voulaient plus. La même question se pose en Egypte où Internet est actif.

Morozov souligne pour sa part que depuis les événements d'Iran en 2009, au moment de l'élection présidentielle que l'on a décidé de miser en occident sur Internet et les réseaux sociaux pour ébranler les régimes autoritaires ou dictatoriaux. Il reste que sa définition de « Cyberutopie » qui consiste en « la croyance naïve dans la nature émancipatrice de la communication en ligne, qui repose sur un refus obstiné de prendre en considération ses aspects négatifs » indique quelque part que Morozov fustige cette révolution 2.0 pour les dangers qu'elle constitue pour les cyber-dissidents eux mêmes. Autrement dit, un régime autoritaire devrait laisser entièrement libre Facebook et lever toute censure sur tous les réseaux d'échanges parce que tout simplement l'utilisateur du net laisse toujours derrière lui une trace qui permet de l'identifier et donc de lui mettre la main dessus.

Internet business

Dans un long texte publié sur le net, le cyber-activiste tunisien Samy Bengharbia souligne l'ambivalence des actions et des décisions américaines relatives au web 2.0, notamment l'initiative société civile 2.0 lancée officiellement par la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton. On pourrait supposer et avec raison qu'en dehors de l'initiative politique, il n'existe rien d'autre.

Mais en tout état de cause ces initiatives servent moins les sociétés civiles qu'ils ne servent les détenteurs de capitaux qui ont investi sur le net. Ici se rejoignent les intérêts politiques des uns et les intérêts économiques des autres. Bob Boorstin, Directeur de la Communication chez Google et par ailleurs ancien rédacteur de discours dans l’administration Clinton indiquait que l'objectif de cette marque était « de maximiser la liberté d’expression et l’accès à l’information [...] C’est une partie très importante du business pour nous ».

Si jamais on accordait le crédit des révolutions au web, imaginons un peu quelle opération de marketing s'offrirait alors Google, Yahoo, Twitter. N'est-il pas raisonnable de se demander depuis quand le capital a-t-il à cœur les intérêts des peuples opprimés ?

En 2010, l’initiative Aswat est pourtant lancée. Il s'agit du « Réseau des Bloggeurs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord » initié par NDI, le National Democratic Institute for Foreign Affairs, une association liée au démocrates américains le tout sous l'égide de Google. Google, NDI, la majorité aux Etats-Unis surfent, pour bien dire, sur un effet de mode. Il reste que ce n'est pas eux qui ont fait le printemps arabe et l'organisation en réseaux de bloggers dispersés ne suffit pas à se donner les moyens, du moins dans l'immédiat d'influer sur le fonctionnement des prochains gouvernements post-révolutionnaires. Car au bout du compte, ce serait cela l'objectif final. Cette option est en tous les cas écartée pour le moment.

Quelle liberté ?

Un Internet entièrement libre pour faire basculer les régimes totalitaires serait également totalement libre pour porter des coups terribles, du moins en apparence, aux régimes dits démocratiques.

Wikileaks en est l'exemple le plus évident. Le phénomène apparu à la fin de l'année 2010 avait fait le buzz comme on dit dans le langage des réseaux sociaux et du web 2.0. Les révélations des câbles diplomatiques US ont fait l'effet d'une bombe alors qu'ils ont été pris en charge par les médias traditionnels, notamment les grands quotidiens politiques européens.

Il faut croire que le vecteur média a donné le crédit nécessaire aux câbles alors que le printemps arabe avait orienté les opinions vers autre chose et que l'initiateur de Wikileaks se retrouvait en butte à un procès pour atteinte aux bonnes mœurs.

Wikileaks II, la diffusion totale des câbles sans synthèse ni analyse qui a eu lieu en été 2011 - au grand dam des médias traditionnels associés auparavant à l'opération - n'a eu quant à elle qu'un effet marginal sur les opinions.

Il y avait pourtant, pour l'opinion occidentale de quoi faire cent fois la révolution une fois qu'ils ont su comment se sont comporté et comment ont agit leurs gouvernants réputés élus démocratiquement.

Certes, il y a eu les indignés en Espagne, en Israël et même aux Etats Unis, mais cela tient plus des craintes d'un avenir économique incertain que d'une remise en question fondamentale des systèmes politiques de ces pays.

Le cas Wikileaks ne va-t-il pas influer négativement sur l'action des cyber-dissidents et des printemps via le web 2.0 ?

L'administration US ne va pas rester les bras croisés et risquer de voir d'autres fuites avoir lieu et se répandre dans le monde au point de menacer la sécurité intérieur des Etats ?

Des outils de contrôle existent et s'ils ne suffisent pas on en créera d'autres cela ne pose aucun problème. Mais que restera-t-il de ces printemps inspirés par le web ? Que restera-t-il du modèle de liberté inventé sur un Internet qui n'existera plus ?

A.E.

Mini lexique du Web 2.0

-Web 2.0 : C'est le Web tel que nous l'utilisons aujourd'hui sans nécessairement posséder de connaissances techniques sépécifiques. L'expression Web 2.0 renvoi à l'ensemble des techniques, des fonctionnalités et des usages du World Wide Web (la toile étendue sur le monde) qui ont intégré particulièrement les interfaces faciles d'utilisation permettant à l'usager d'être lui même actif et faire vivre la toile.

-Anonymous : Groupe de désobéissance civile actif sur Internet. Les actions attribuées à Anonymous sont menées par des individus non-identifiés. Dans les manifestations publiques, les membres du collectif se présentent masqués. Leur principale revendication le droit à la liberté d'expression totale sur Internet et en dehors.

-WikiLeaks : De Wiki concept du web créé en 1995 par Ward Cunningham pour réaliser la section d’un site sur la programmation informatique, appelé WikiWikiWeb sur lequel les internautes agissaient directement. Leaks, fuites en anglais. Association dont la principale activité est l'animation d'un site Internet destiné à diffuser des fuites qui pourraient être censurés dans les médias traditionnels.

-Cyber-dissidents : Dissident qui utilise le « cyber-espace », communément internet comme moyen de diffusion de ses idées contestataires.

-Aswat : Regroupement de bloggeurs dans un espace présenté comme non censuré pour les militants et les réformateurs du Moyen-Orient, de l’Afrique du nord et de l’Iran. Portail multilingue sur Internet il offre aussi un espace de dialogue et d'expression en hébergeant les blogs des membres.

-Blog : Site ou partie d'un site internet permettant à un individu ou un groupe de publier une sorte de carnet dans lequel il peut exprimer ses idées, publier ses pensées ou créations artistiques.

A.E.

In Politis (mensuel édité par le quotidien El Moudjahid) novembre 2011.

lundi 5 décembre 2011

Un film sur la bataille de Timimoun : la mémoire en réflexion


En septembre 2009 j’entrepris le tournage d’un documentaire sur la bataille de Timimoun. Le film était proposé dans le cadre de la célébration des 54 ans du déclenchement de la guerre de libération, soutenu par le ministère des Moudjahidine et produit par la télévision  nationale. Il est diffusé régulièrement par les chaînes de la télévision nationale depuis novembre 2009.

Dès le départ, le seul parti pris était d’éviter cet aspect panégyriste des films commémoratifs tel qu’on a été  habitué à les voir en Algérie, d’autant que l’essentiel des moudjahidine engagés dans la bataille primordiale étaient morts lors de l’affrontement de Hassi Ghambou, en plein désert.
Il ne restait donc que des témoins et des gens liés plus ou moins à l’opération gigantesque de part et d’autre – ALN et armée française – qui eu lieu en 1957. La démarche consistait à explorer la dimension foncièrement humaine des faits à travers les témoignages des acteurs en abandonnant la dimension historique aux chercheurs et universitaires.
Le 15 octobre 1957, des méharistes, des soldats Algériens intégrés dans l’armée française en Algérie en fait, désertent dans le sud algérien. Ils se retrouveront face aux paras de Bigeard dans l’une des batailles les plus importantes durant la guerre de libération en Algérie dans le Sahara. Le documentaire tente de raconter cette épopée avec les témoins Algériens et Français de cet événement. La désertion et la dite bataille de Timimoun avait en son temps suscité l’intérêt du monde entier. En fait, la bataille avait permis de sortir au grand jour la question du sud algérien qu’on éludait car on supposait, du coté de la colonisation, que cette région ne ferait pas l’objet de revendications si jamais des négociations étaient engagées quatre ans après le début de la guerre, appelée pudiquement par les Français événements. Le sud Algérien devenait, avec les quelques batailles et accrochages avec l’armée coloniale était un enjeu politique réel alors que l’indépendance de l’Algérie n’était même pas à l’ordre du jour pour les colonisateurs, en fait. Les événements de Timimoun ont eu le mérite de poser en termes claires la problématique du Sud Algérien.
Contexte
La France coloniale avait décidé de faire du Sahara un territoire ne faisant pas partie de la colonie Algérienne, mais plutôt de le considérer comme une mer intérieure sur laquelle tous les riverains avaient des droits. Une décision un petit peu alambiquée alors que les relents de pétrole dans le désert du Sahara arrivaient aux narines des investisseurs et des aventuriers de tout bord. Par ailleurs, au-delà des ressources énergétiques, le Sahara était cette zone d’essais militaires stratégiques tout à fait opportune. Dans le même temps, sans une mobilisation réelle des forces populaires dans la région, il aurait été difficile pour le mouvement national de prétendre à une quelconque revendication sur ces territoires même si de nombreux moudjahidine dans le nord étaient originaires de ces régions.
Cette dimension politique essentielle a été largement traitée dans le documentaire à travers les propos de Dahmane Touati, professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Adrar, Mekki Kelloum, moudjahid d’Adrar et brillant sociologue ainsi que Abdelkader Heni, chercheur en histoire de Sidi Belabbes. Cela a permis de libérer la parole de tous ces moudjahidine oubliés par les projecteurs. Eux, avaient à témoigner de leur rôle et de ce qu’ils ont vu, mais surtout de leur souffrance et avaient envie de dire aussi leur fierté d’avoir combattu pour leur région.
La part du feu
Dans le désert, la colonisation se disait en terrain conquis. Il est en effet difficile d’imaginer aujourd’hui le contexte de sous développement et d’arriération dans  lequel étaient maintenus les habitants de ces régions désertiques. Timimoun ou Adrar et la région du Touat en général n’ont pas connu d’avancées techniques ou civilisationnelles particulières. Les supposés bienfaits de la colonisation n’ont jamais atteint ces confins sahariens. Pourtant, l’opération de désertion, imaginée par le commandement l’ALN, allait engager la région dans une bataille où on assistera à une immense mobilisation des moyens. La presse de l’époque en a fait des tartines alors que le lobby pétrolier a mis à la disposition des militaires tout ce dont ils avaient besoin. Après leur désertion, les méharistes ont attaqué un convoi de pétroliers à Tasselgha entre Timimoun et  Ménéa. L’armée avait déployé plus de 1500 hommes, avait eu recours à l’aviation et avait ouvert des camps de concentration pour isoler les populations nomades locales des combattants.
La bataille essentielle de Timimoun est en fait l’affrontement sanglant qui eut lieu  à Hassi Ghambou, face aux  paras de Bigeard. Ces derniers subiront de lourdes pertes. Douze paras tués dans l’erg et huit autres blessés. Les photos prises par Marc Flament, le photographe para ont donné un élément de véracité supplémentaire au récit. Interviendra à ce sujet justement Raymond Cloarec, un ancien « Bigeard boy », militaire de carrière qui a dénoncé plus d’une fois les exactions commises par l’armée française en Algérie.
Témoin inestimable, il avait pris le commandement de sa section lorsque le lieutenant et son adjoint, le sergent chef Sentenac, ami de longue date de Bigeard, ancien combattant d’Indochine a été tué au combat face aux méharistes déserteurs. Les deux soldats français avaient été abattu par un certain Fodil Bechrier, tireur d’élite. Lui-même mourra dans le mitraillage opéré ensuite par un hélicoptère.
Ce groupe de méharistes était dirigé par un ancien des leurs, Belhachemi, originaire de la région et connaissant le désert comme sa poche. Son erreur stratégique aura été de vouloir créer un maquis dans une région où comme le dira Dahman Touati, la nature est le premier ennemi de l’homme. Erreur tactique peut-être, mais qui sera l’occasion de marquer définitivement cette région et la lier à l’Algérie entière avec le sacrifice de tous les compagnons de Belhachemi, les 45 martyrs, tous méharistes.
Un second groupe dirigé par Ferhat, officier de l’ALN envoyé spécialement pour cette mission, tentera de rejoindre Figig, base arrière de l’ALN dans le sud marocain.
En tout état de cause, la triple approche qui a consisté à déterminer la dimension humaine des faits, la confrontation des témoignages Algériens et Français et la mise à contribution des travaux académique à travers les propos des historiens, a permis plus que tout de toucher du doigt un principe rappelé à chaque occasion par les historiens les plus sérieux. L’histoire de l’Algérie moderne, principalement sa phase coloniale et combattante ne peut s’écrire qu’à deux, Français et Algériens. Cela peut paraître une impossibilité quand on voit le tabou que représente la guerre dite d’Algérie dans l’opinion française et on comprend aussi pourquoi ce principe est rarement mis en pratique.
Une histoire à deux
Ce film qui n’évoquait en aucune manière un épisode polémique de la guerre de libération mais il ne pouvait cerner la vérité des faits qu’en interviewant, en plus des moudjahidine, témoins des faits et des historiens qui ont creusé le sujet, Raymond Cloarec, un parachutiste de Bigeard qui a participé à la bataille et qui a bien voulu témoigner. Il assurait donc ce reflet de la mémoire, indispensable pour une connaissance de l’histoire beaucoup plus complète et sans lequel l’évocation tient du soliloque.
Concrètement, le témoignage français a permis de palier la difficulté de cerner les faits à cause de l’absence d’archives algériennes où leur rareté. Une population colonisée n’a pas connu le luxe de l’apprentissage et de l’école.
Par ailleurs, avec le temps les mémoires se sont érodées et les acteurs sont morts souvent sans laisser derrière eux des traces de leurs actes et les témoins ont disparus sans écrire ce qu’ils ont vu. Lors du tournage il a été difficile d’interviewer des méharistes déserteurs. Trop âgés pour les survivants, on a vite compris l’urgence de compiler les témoignages avant que ne disparaissent ces bibliothèques vivantes que sont les vieux anciens combattants, d’ici et de là bas.
Amine Esseghir
Journaliste – cinéaste

Fiche technique

L’épopée de la bataille de Timimoun

Ecrit et réalisé par Amine Esseghir.

Raconté par Ahmed Lahri pour la version en français.

Mohamed Maalem pour la version arabe.

Images : Nacim Aktouf, Lyes Aïssaoui, Malek Mechka

Musique : Roger Subirana

Montage : Lyes Aïssaoui

Production : Télévision algérienne

Production exécutive : Alpha Design

Année de production : 2009





lundi 22 août 2011

Les causes d'insomnies sont nombreuses


La sécurité dans la région sahélo-saharienne
Le casse-tête des armes libyennes


La crise Libyenne s’enlise et ce qui s’apparentait à une révolution instantanée à la Tunisienne ou à l’Egyptienne s’est éloigné laissant la place à un conflit interne Libyen qui est en train de se dérouler devant une communauté internationale impuissante. On peut disgresser à ce sujet sur les effets de l’intervention occidentale en Libye quand la durée du conflit est devenue un nouveau casse-tête dans une région qui n’en manque pas.




C’est une évidence, aucun pouvoir actuel en Libye, les insurgés et le CNT ou les forces loyales à Kadhafi, ne peut garantir un contrôle du territoire qu’il est sensé dirigé. Une situation chaotique qui favorise la circulation des armes et des explosifs dans une zone qu’il est difficile de gérer même en temps de paix. Cette zone, c’est en fait la fameuse bande sahèlo-saharienne, une région désertique de près de 8 millions de kilomètres carrés, surveillée comme le lait sur le feu depuis des années. Une région que certaines puissances rêvent de contrôler en installant des bases militaires comme au bon vieux temps des colonies et des protectorats. Les informations relayées par divers médias, notamment africains, indiquent que des groupes terroristes ont - ou auraient - réussi à transporter de très importantes quantités d'armes, notamment dans le désert de Ténéré, au Mali et au Niger essentiellement. Certes, cette possibilité était tout de suite prise en compte par les responsables des pays de cette région. Connaissant les risques et les reliefs, les liens familiaux et commerciaux qui existent dans cette région, il ne faisait aucun doute que l’aubaine ainsi offerte ne serait dédaignée ni par des groupes terroristes ni par de quelconques trafiquants d’armes.
La sécurisation de la frontière avec la Libye est un indicateur certain. Mais quand on annonce que des soldats nigériens ont intercepté des terroristes d'Al Qaïda transportant de grandes quantités d'armes à proximité de la frontière algérienne, ce qui était une éventualité devient une évidence. On parle de lance-grenades antichar RPG-7, de Kalachnikov, de Semtex et d’autre joyeusetés du genre. On évoque même des missiles SA-7 tombés entre les mains d’Al Qaïda, des joujoux anti-aérien, à l’image des Stinger américains, d’une redoutable efficacité.
PROBLÉMATIQUES DIVERSES
Il faut dire que les problématiques liées à la lutte antiterroriste dans la région sahélo-saharienne sont multiformes. Au-delà des questions purement militaires ou opérationnelles, la zone est devenue une région de commerce des otages. Al Qaïda a érigé cette pratique en règle permettant de se financer et de favoriser le recrutement dans une région où les difficultés économiques et l’absence d’espoir font de toute activité une aubaine à saisir. Un des moyens de lutte est le refus de payer des rançons aux ravisseurs. Ce grand principe a été souvent bafoué par les puissances occidentales.
Par ailleurs, la coopération africaine doit aussi se poursuivre en dépassant les difficultés conjoncturelles. Le Mali, considéré comme le moins dynamique des pays en termes de lutte antiterroriste en favorisant les échanges de terroristes emprisonnés contre des otages occidentaux, est revenu dans le cercle. L’urgence étant ce qu’elle est, toutes les volontés sont bonnes à prendre.
Mais la situation actuelle pose aussi la question des suites à donner à la lutte antiterroriste. Jusque-là, avec l’Algérie en tête, le plus important était de gérer la situation dans la région avec les forces des pays de la région. Eloigner le risque de voir des forces étrangères venir installer des bases militaires, avec les Etats Unis en tête cette fois-ci. S’il n’en a rien été - la base américaine US en Afrique ressemblant à l’arlésienne - cela est dû en grande partie à la coopération entre les forces des ces pays. La volonté supposée ou réelle des Américains à vouloir contrôler le Sahara au nom de la préservation de la sécurité a été clairement mise en évidence depuis 2005 au moins. En mars 2006, lors d’une réunion à Alger autour de la sécurité dans la région sahélo-saharienne, les Américains semblaient dire que les bonnes relations et la coopération avec les États-Unis d’Amérique avec les pays d’Afrique passaient par l’ouverture des territoires nationaux des pays de la région aux forces US. Ce que refusaient de voir les Américains, c’est qu’une coopération militaire fondée sur cette compréhension de la région et de ses particularités était certainement plus utile et plus efficace que n’importe quelle armada étrangère déployée à grands frais.
FAUTE DE GRIVES
Faute d’une base américaine donc et préoccupée par la présence de groupes terroristes dans la région, les USA ont lancé en mai 2010, l’Africom, le commandement du Pentagone pour l’Afrique, a mené l’exercice Flintlock. Un exercice qui regroupait 300 soldats américains et 1.200 éléments des forces de sécurité du Mali, du Nigeria, du Sénégal et de Mauritanie et dirigé depuis le Burkina Faso où a été installé le Centre de coordination multinational. Il reste que ce genre d’exercice existe dans la région depuis 2005 et inclus dans les scénarios qu’il met en pratique les risques de rébellion et de déstabilisation locale. Est-ce que ce genre d’exercice possède les mécanismes suffisants pour faire face à une déstabilisation du genre de celle qui se déroule en Libye ? On n’en sait rien et personne n’évoque actuellement la question. Est-ce que les risques deviennent effectivement plus grands et les possibilités de déstabiliser la région plus évidentes et que l’on évite de venir mettre de l’huile occidentale sur le feu ? Ou bien, veut-on laisser les Africains particulièrement allergiques aux questions d’ingérence se dépatouiller seuls face à la menace d’une Qaïda surarmée et dans ce deuxième cas, s’ils ne s’en sortent pas, ce sont eux-mêmes qui appelleront à l’aide ?
Un début de réponse africaine existe déjà, même si la donne libyenne vient ajouter de la complexité à la mission et aux prérogatives. En face des exercices Flintlock, les autorités nationales de la bande sahélo-saharienne ont créé en mars 2010 le «plan Tamanrasset». Celui-ci inclus, nouveauté audacieuse pour des pays du tiers monde, la création d’un comité d’état-major opérationnel conjoint alors que le domaine de la sécurité est un domaine où il est difficile en général de mettre ses billes ensemble. Car c’est bien cette incapacité supposée des pays du Sud à coopérer dans un domaine aussi sensible que celui de la sécurité qui est souvent mis en évidence, certes en filigrane dans les discours officiels, mais c’est cela qui permet aux puissances étrangères de dicter leurs manières de voir, à coups d’exercices d’interopérabilité, de mission aux allures quasi humanitaires et de coopération dégoulinant de bons sentiments.

In Horizons

Effet collatéral


Israël et les états arabes post-révolutionnaires
La peur pour justifier l’agression

Les analyses foisonnantes sur le printemps ou les révolutions arabes ont éludé grandement un aspect essentiel de ces révoltes : la suite des relations entre les pays arabes et Israël.



Même si leur légitimité a été remise ou est toujours remise en question, la majorité des régimes arabes ont toujours su être en phase avec leurs opinions concernant la question de la Palestine. Certes plus par les slogans et les discours que par les actes, mais on ne peut que constater que sur cette problématique, régimes et peuples étaient sur la même longueur d’onde. De toute évidence donc, les pouvoirs post-révolutionnaires qui vont émerger dans pratiquement l’ensemble des pays arabes - et qui bénéficieront en principe des gages de démocratie et de respect de la volonté des peuples - auront aussi à présenter un discours concernant le futur de leurs relations diplomatiques. Un discours et une démarche qui intègrent forcément la donne palestinienne. La donne palestinienne signifiant aussi la donne israélienne et le futur des relations entre les Etats arabes et l’Etat d’Israël.
Cela ne semble pas évident immédiatement, d’autant que la rue arabe, plus préoccupée par ses urgences politiques et sociales depuis janvier, a consacré peu de temps et d’efforts à la cause de tous les Arabes, la Palestine. Peu de temps ne signifiant guère dans ce contexte pas de temps du tout. On en veut pour preuve la commémoration de la Nakba, le jour du grand malheur où les Palestiniens ont vu leurs terres spoliées et connu la déportation et l'exode, il y a 63 ans de cela. Cet événement dans l’histoire de l’humanité est à inscrire sans nul doute au registre des pires dénis de justice que le monde ait connus. Effet troublant, les commémorations de cette date qui sont marquées par des morts et des blessés. Cette année, douze Palestiniens ont été tués dans le plateau du Golan et à la frontière libanaise. Les affrontements ont eu lieu à la périphérie des territoires palestiniens, au Liban et dans le Golan syrien occupé, lors de manifestations durement réprimées par l'armée israélienne qui n'a pas hésité à ouvrir le feu sur des civils. L’armée israélienne a eu beau jeu de dire, pour se disculper, que le pouvoir syrien a «organisé cette manifestation violente pour tenter de détourner l'opinion mondiale de ce qui se passe dans ses villes». Pourtant, même quand cela va très mal en Syrie, les injustices israéliennes n’ont pas été oubliées et de toute évidence; elles le seront encore plus quand le régime d’Al Assad sera remplacé. En Egypte, où la révolution a déjà eu lieu, on a compté au moins 353 personnes blessées, dont 45 hospitalisées, le même jour devant l'ambassade d'Israël au Caire lors d'une manifestation marquant la Nakba. La police a usé de gaz lacrymogènes pour repousser la foule qui tentait de franchir une barricade érigée devant la mission diplomatique israélienne. Plus que jamais donc, la rue arabe sait et intègre le sens de la révolte. Une fois débarrassée des despotes locaux, elle pointera le doigt sur les injustices qui la concernent.
Mais il ne fait aucun doute que l’on comptera encore des morts avant que l'on reconnaisse aux Palestiniens le droit d'être ce qu'ils sont sur leurs terres et avant qu'on leur rende au moins justice pour tous les arbitraires qu'ils ont subis.

LA RÉPONSE EN ISRAËL ?
Si nous avons du mal à voir encore les contours de l’avenir des relations entre pays arabes et Israël, nous pouvons quand même avoir une esquisse de la réponse dans l’inquiétude d’Israël. Israël n’a pas applaudi les révolutions arabes. Elle n’a pas fait montre de l’enthousiasme que nous avions pu lire et voir en Occident. Ces révolutions ou ce printemps font peur parce que l’on sait quelle est l’opinion de la rue. Cette même rue qui a été interdite d’expression en dehors de cadres organisés. Effectivement, jusque-là, Israël avait beau jeu de dire qu’elle était la seule démocratie réelle au milieu d’un champ de dictatures. Pourtant, ce sont ces mêmes dictatures ou régimes autoritaires qui ont joué la carte de sa sécurité en échange de reconnaissance et de respect en Occident, voire d’aide économique comme c’est le cas de l’Egypte. Mais il sera difficile d’imposer la politique internationale de ces Etats quand ceux-ci auront gagné en respect par le seul fait d’être plus authentiquement représentatifs de leurs peuples et plus démocratiques. Quels seront les arguments des Israéliens alors ? Agiter le spectre de la menace nucléaire iranienne pour «jeter le ballon au loin» et détourner l’attention ? Signer au plus tôt un accord de paix avec la Syrie ?
Dans une interview du Premier ministre israélien accordée à l’AFP en avril, il déclarait : «Le printemps arabe pourrait virer en un hiver iranien». Pour les Israéliens donc, les aspirations démocratiques des peuples arabes et la déstabilisation des régimes en place risquent de faire le jeu de l'Iran et des islamistes, notamment en Egypte. Voilà qui est simple, voilà qui est dit. Les Iraniens ont tôt fait de voir les effets immédiats de ces inquiétudes. Des actions de sabotages et des manœuvres pour monter en épingle les divisions qui existent au sein de la classe politique iranienne. C’est Oded Eran, directeur de l'Institut pour les études de sécurité nationale de Tel Aviv, qui le disait dans une interview publiée en février de cette année.
Quant à la Syrie, Eyal Zisser, un doyen de l'université de Tel-Aviv et spécialiste de la Syrie, indiquait que «rien ne dit que ce qui pourrait venir après le président Bachar El Assad ne serait pas encore pire, sous la forme d'al Qaïda ou d'une situation anarchique comme en Irak».
En Egypte, la seule déclaration de Nabil Al Arabi, alors ministre des Affaires étrangères du gouvernement de transition, sur le prix du gaz égyptien vendu à Israël ou la question du blocus de la bande de Ghaza ont donné lieu à l’expression publique de la préoccupation du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu.
Dans un contexte aussi menaçant, quelle autre manœuvre reste à Israël que de préparer son armada pour une guerre sur plusieurs fronts ? Une guerre justifiée par la somme de toutes ses peurs. Israël fondé sur une immense injustice peut-il finalement faire autrement que justifier son existence par une immense menace ? Il continuera alors de parler de paix tout en faisant la guerre.

In Horizons

lundi 1 novembre 2010

Un vieux papier qui date 2006... mais qui rappelle des choses essentielles dans l'histoire récente de la ville.

La gestion de la capitale dans les méandres juridiques

Il était une fois le Gouvernorat du Grand Alger

En ce 21 mars 2000, premier jour du printemps, le ciel était couvert. Dans la salle de conférence de la wilaya d’Alger, qui venait de perdre son statut de siège du Gouvernorat, l’ancien gouverneur absent, cédait la place (certains voudront parler de trône) au nouveau wali Abdelmalek Nourani.

Cette cérémonie, loin d’être une passation ordinaire, marquait le retour à la normale entériné par l’ordonnance que venait de promulguer le président de la république qui faisait qu’Alger redevenait une wilaya comme les autres.
Le ministre de l’intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, agacé par les photographes quelques instants auparavant, soulignait dans sa déclaration que ce sont les circonstances particulières qui avaient prévalues dans le années 90 qui ont obligé les autorités à opter pour un statut particulier pour la capitale. Mais dès lors que la situation était revenue à la normale, il était aussi logique que les institutions reprennent leur forme initiale. Le ministre était pourtant contredit dans la salle même où il prononçait son discours. Sur un des murs de la salle, des plaques de marbres avec les noms de walis qui se sont succédés à la tête de la wilaya distinguant bien la période de la wilaya et celle nouvelle du Gouvernorat, inscrite dans la pierre, comme pour lui assurer sa pérennité.
Cette déclaration ne renseignait pas sur les dispositions légales ayant permis au Gouvernorat de voir le jour et les conditions dans lesquelles il venait de s’éteindre. Elle ne décrivait pas non plus cette atmosphère de fin de règne, ou plutôt de «restauration» qui pesait dans l’enceinte du siège de la wilaya. De toute évidence, les présents, responsables politiques ou de l’administration, les nombreux journalistes, assistaient plus aux obsèques du Gouvernorat qu’à la résurrection de la wilaya.
Le Gouvernorat, avec tout ce qu’il portait autant dans l’imaginaire collectif et dans la pratique courante de la gestion d’Alger, avait changé la manière de percevoir la capitale pour qui, il avait semblé durant quelques années, que tout était permis. Pourtant, si le Gouvernorat avait certes vécu, son expérience n’avait laissé personne indifférent du plus simple citoyen au plus haut responsable de l’Etat.

Quelques mois auparavant, probablement sans le savoir, des universitaires, des responsables de l’administration locale se réunissaient pour un docte séminaire à l’Ecole Nationale de l’administration pour débattre d’urbanisme et de bonne gouvernance, entre autres conférences, une consacrée au Gouvernorat d’Alger. Pour une façon de gérer différente, l’expérience vécue à Alger suscitait autant les envies et les jalousies que l’intérêt curieux, soulignait le conférencier.

La vraie raison


On supposait que cette formule –magique serait on tenté de la qualifier - allait être étendue à l’ensemble du pays du moins pour les grandes métropoles que sont Constantine, Oran ou Annaba, voire même Ouargla. D’ailleurs, est-ce que la plus grade faiblesse du statut du Gouvernorat n’a pas été celle de vouloir distinguer une ville de l’ensemble du pays. Dans une interview accordée en mars 2000 au quotidien El Watan, Ahmed Ouyahia alors qu’il venait d’être nommé ministre d’Etat, ministre de la justice, soulignait à propos du changement de mécanismes du Gouvernorat, que celui-ci «a d'abord été victime de cette pratique spécifiquement algérienne : lorsqu'on fait quelque chose ici, il faut le faire partout. Alger est la capitale de tous les Algériens, ceux d'Illizi comme ceux d'El Harrach. C'est de cela que nous souffrons. Que voulez-vous ? C'est une culture : il faut des cours partout. » Ouyahia ouvrait il une piste ou justifiait -il l’erreur monumentale ? En fait, le plus difficile à admettre est que l’on ait fait autant preuve de négligence et ignoré les dispositions constitutionnelles liées de l’organisation territoriale du pays. Cette négligence était inscrite dans la jurisprudence constitutionnelle algérienne, soulignant à jamais, que le législateur algérien a, à un moment de la vie institutionnelle du pays, omis de relire la texte fondamental du pays. La décision n°02/D.O/ CC/2000 du 27 février 2000 relative à la constitutionnalité de l’ordonnance n° 97-15 du 31 mai 1997 fixant le statut particulier du Gouvernorat du Grand Alger, rappelle que «l’alinéa 1er de l’article 15 de la Constitution que les collectivités territoriales de l’Etat sont « la Commune et la Wilaya », le constituant entendait limiter le découpage territorial du pays exclusivement à cesdeux collectivités territoriales ». Dès lors «en créant deux nouvelles collectivités territoriales dénommées «Gouvernorat du Grand Alger» et «Arrondissement urbain» et en leur fixant des règles spécifiques d’organisation, de fonctionnement et d’action, le législateur a méconnu les dispositions de la Constitution, notamment ses articles 15 (alinéa 1er), 18 (alinéa 2), 78 -9, 79 ( alinéa 1er) et 101 ( alinéa 2)». Le conseil constitutionnelle présidé à l’époque par Saïd Bouchaïr déclarait inconstitutionnelle l’ordonnance 97-15 du 31 mai 1997 qui a créée deux collectivités territoriales en l’occurrence «le Gouvernorat du Grand Alger» et «l’arrondissement urbain».

La vraie question

Une nouvelle ordonnance, la 2000-01 du 1er mars 2000, viendra remettre de l’ordre dans l’organisation d’Alger. On notera que dans les deux cas ce sont des ordonnances qui ont déterminé le sort de la capitale passant de super wilaya à wilaya tout court. Dans ce cas bien évidemment pas débat public, notamment au niveau du parlement, pas de polémique non plus et la faculté d’aller vite au risque de confondre célérité et précipitation.
Si on a voulu mettre en évidence au moment de la promulgation de l’ordonnance mettant en application la décision du conseil constitutionnel une volonté de main mise administrative sur l’ensemble du pays, on avait omis de dire que la promotion d’Alger au rang de Gouvernorat avait bénéficié des mêmes avantages, même si effectivement en mai 1997, l’Algérie peinait à réhabiliter ses institutions élues.
Dans le même temps, cette propension à poser la problématique et la gestion de la capitale même au niveau institutionnel et juridique ne renseigne t elle pas sur la difficulté insurmontable à donner un visage de respectabilité et de belle vitrine du pays à la capitale.
Peut être que le Gouvernorat posait un problème légale. Celui-ci n’est pas insurmontable si tant est que l’on ait tiré les leçons de cette expérience et que l’on ait jugé utile la mise en place d’un statut particulier pour Alger ou les mégapoles algériennes (actuelles ou futures) même si cela, il faut bien le souligner, doit passer par une révision constitutionnelle.
Mais on notera que rien n’est facile lorsqu’il s’agit de gérer la capitale. Avant la saisine du conseil constitutionnel, le président Bouteflika dans une interview accordée à une chaîne de télévision arabe soulignait que le gouvernorat était « un Etat dans l’Etat ». Une aberration en Algérie où la doctrine veut apparemment la primauté de l’Etat jacobin.
Dans le même temps nous sommes bien obligés de reconnaître que l’inauguration récente par le président Bouteflika d’un grand nombre d’ouvrages et de réalisations à Alger renvoi en permanence à cette embarras à mettre en place les choses à Alger lorsqu’elles ne sont pas décidé très haut. Certes, sans s’en remettre forcément la volonté divine, il est claire qu’être maire ou wali à Alger n’a rien d’une mince affaire. Le statut de Gouvernorat, même s’il avait péché par un excès d’orgueil, avait eu en tout les cas le mérite de poser la vrai question à propos de la capitale Effectivement, à ce jour les citoyens se demandent qui gère Alger ? Be devraient ils pas plutôt se demander qui peut gérer Alger ?
Amine Esseghir

Publié in Les Débats du 12 au 18 Avril 2006

lundi 18 octobre 2010


Le blues des campagnes
Il y eut la Gasba des chioukh et des chikhates, la trompette de Bellemou et aujourd'hui une forme renouvelée de ces chants des prairies et des campagnes profondes.Un chant qui n'est reconnu que par ceux qui ont su l'écouter. Certes, nous sommes loin de la grande poésie classique du Melhoun ou du Haouzi, mais les textes sont d'une extraordinaire actualité et certainement fruit d'une évidente observation sociale et culturelle qui aura manqué à pas mal d'intellectuels. A écouter...

A la recherche de la scène musicale underground algérienne
Le blues des campagnes


Si nous admettons qu'une scène musicale underground algérienne existe, il faut bien se rendre à l'évidence : celle-ci ne doit être recherchée ni dans les genres trash metal, techno ou autres genres marginaux occidentaux. Il faut la chercher dans les mélopées paysannes de gasba incertaines.

Par Amine Esseghir
A l’image du raï des années 70 et 80, le genre gasba (qui en fait est un amalgame de genres musicaux qui utilisent l’instrument, el gasba, la flûte de roseau) a conquis sa propre scène. Une scène marginale, autant par ses réseaux que par son public, serions-nous tentés de dire. Dans un pays musulman, engoncé dans un conservatisme qui tient la société à l’étroit, les chanteurs, les poètes et les musiciens louangent l’alcool, les amours clandestines et parfois les drogues dites douces. De fait, à cause de leurs paroles et des idées qu’ils sont censés véhiculer, ce genre s’exclut de la scène officielle. Mais on comprend aussi que ces artistes, qui chantent et créent, se sont dotés de leur propre scène, de leurs propres relais et ainsi vivent de leur art parfois mieux que les artistes reconnus par les scènes officielles.
Non dénués de solidarité, à chaque rechqa (moment de l’annonce des dédicaces et des sommes allouées par les spectateurs pour ce faire) on entend lors de leurs tours de chant « fi khater untel ettaxieur, rabbi y sellek srahou » (je dédie la chanson à untel le chauffeur de taxi, puisse Dieu le libérer, en fait le bonhomme est en taule). Ce genre de dédicaces, loin de constituer un choc pour les spectateurs auditeurs, révèle l’identité des présents. La prison, comme la déchéance, font partie de leur quotidien. On pourrait supposer un contexte de profonde remise en question de l’ordre établi (on tombe amoureux d’une danseuse de cabaret dans les chansons, cela ne pose pas de problèmes) certes de manière maladroite et vantant l’illégalité de ceux absents condamnés et sujets des pensées des présents. Mais faute d’un discours de soutien clair et sans ambigüité, il n’en est rien. Les chanson restent dans les cabarets et dans les mémoires enivrées des auditeurs. Scène undergournd qui n’a pas ses radios libres, ni ses revues ni ses publications spécialisées, mais qui a ses CD.
Les chanteurs éditent et se font écouter. Dans des pochettes mal faites, mal imprimées, les supports numériques (parfois en MP3 pour contenir dix ou quinze albums à la fois) font partie des discothèques de routiers, de chauffeurs de taxi au long cours, de militaires ou de maçons qui errent de chantier en chantier. On trouve aussi quelques intellectuels ou des gens propres sur eux qui raffolent aussi de ce genre musical. La gasba fédère, comme a fédéré le raï en son temps. Genre ancré dans son époque, la gasba a aussi connu l’espace cybernétique. Sur les sites internet aussi célèbres que youtube ou dailymotion, on retrouve ces chanteurs d’un genre particulier, on les retrouve aussi sur des sites dédiés à la musique algérienne, tel dzmusique. Bien entendu, point de label indépendant, mais seulement une scène, discrète, constituée d’abord des malahi, ces cabarets qui sentent le souffre qui ont fleuri dans les années 90.
Le bouche à oreille faisant le reste, des cheikh Mamou, cheikh Cha’ib, cheikh Cherif Ould Saber, Djilali Tiarti, Cheikha Sonia ou Cheikh Amer El Berrouaghi font le plein et animent des scènes qui le leur rendent bien.
Cheikha Djenia
Elle avait marqué son temps dans les années 90. Elle est morte à 50 ans, dans un accident de voiture, en 2005. Elle avait eu l’heur de sortir des bas-fonds et de se faire connaître médiatiquement. Ses chansons ont brisé le silence autour des difficultés des femmes vivant dans les régions rurales. Elle avait marqué son auditoire avec Kayen rabi, même si elle ne se gênait pas pour parler d’alcool et d’amours clandestines, sujets de prédilection du genre. Diva de l’underground algérien ? Difficile à dire, mais il reste que la chanteuse qui a évolué dans le milieu interlope du raï trab (le raï des origines, le raï des campagnes) elle a gagné ses titres de noblesse, devenant le sujet d’un article d’une journaliste suisse tout en s’imposant sur une scène raï européenne. Comme quoi, il faut d’abord gagner sa notoriété outre-méditerranée, pour gagner en estime chez soi.

Textes choisis
Bien entendu, aucune traduction aussi fine soit-elle ne peut rendre «la dimension poétique de ces chansons».

Cheikha Sonia chante seule cette douce mélopée. Des paroles un peu décousues mais on serait presque entrain d’écouter de la variété ordinaire.

Ouled bladi zaynine ou khir men el gaouriYal ezzine bladiLa ilha illa allah rahi katbaYa ghzal Reghaia ma neddikchi
Les fils de mon pays sont plus beaux que les européens
Vive la beauté de mon paysIl n y a de Dieu que Dieu, c’est le destinBeauté de Reghaia, je ne te prendrai pas pour époux

Avec Amer El Berrouagui, une chanson en duo «très branchée»
Lui : Maglou’a bippi ou a’awdiouel rousardje ana nkhalsouHadi hiya a’ouaydimdari bi djibi nfelsou
Elle : Mellit men flexage lgit rouhi ghaltaKi nahderlek a’la zwedj tsabbarni bkarta.

Folle bippe-moi encore encoreLa carte de recharge c’est moi qui te l’offreC’est mon habitudeDe me ruiner
J’en ai marre du rechargement électronique
quand je te parle de mariage
m‘offres une carte de recharge téléphonique





Cheikha Sonia Amer el Berrouagui Carta

Amer El Berrouagui souffre parfois. Il chante et explique sa déchéance.
El kes ou had ettofla tawou’niMa khellaounich nsod lel qablaAh Rabah heraizy khouya melhoub rani a’maKoul youm el birra ou nzid el qofla

L’alcool et cette fille m’ont asserviIls ne m’ont pas laissé voir DieuMon confident Rabah, mon frère, par l’amour je suis devenu aveugleTous les jours la bière et «les boutons» (allusion aux amphétamines)
D’autres succès à inscrire au palmarès du duo infernal Amer el Berrouagui et cheikha Sonia comme «Chrab errouchi» vantant les souvenirs des bacchanales clandestines sur des rochers, loin des yeux des curieux.


Cheikh Mamou qui sévit dans le genre depuis plus de dix ans, a aussi des succès actuels comme :
Koul youm ta’yetli ou ma a’reft chkouneZadet galetli ndirou l’amour fettilifoune
Elle m’appelle tous les jours et je ne sais pas qui est- ceelle me dit encore on fait l’amour au téléphone
Un des grands succès 2008 de Cheikh Mamou, en duo avec Cheikh Chai’b, une chanson drôle El gra’a ouel gara’a darou l’amour fezra’ (le chauve et la chauve ont fait l’amour dans les champs) ou le comique le dispute à un sens particulier de la gestion des urgences et une description drôle des scènes bucoliques.
El gra’a ouel gara’a darou l’amour fezra’Yaou lahsida gdatSadjra ma bqatChaalet ferrai’ ou smah fel ghnem Le chauve et la chauve ont fait l’amour dans les champsLa récolte a flambéAucun arbre n’est resté deboutLe berger a pris feuEt a abandonné le troupeau
Cheikh Cha’ib lui a marqué son public avec «chrab lahsida», la beuverie dans les champs de blé, un texte dont on retiendra quelques fragments.
Chrab lahsidaYa rih ouel mauvi tempsOuenti khabta Chrab lahsidaNetabou’ el maydaSaqsou laaridaYa ouine bayta Chrab lahsidaEnnas tesker nechouahOu ntiya zaafa Boire dans les champsLe vent et le mauvais tempset toi saoule Boire dans les champsOn poussera la table basseDemandez à la grosseOù est-ce qu’elle a passé la nuit Boire dans les champsLes gens se saoulent par plaisirEt toi de colère


Mamou et Cha’ib ont également laissé dans le genre Staïfi pour exprimer son amour pour une danseuse. Nezdam lel barA’la djal ouelfi ndir batoireManich haggarA’la djalak nouelli clochard Nechroub essem neztalOua rouge ou les goutteLel bar nezdam bechafraya loukan nmouta Je vais foncer au barPour mon amour je vais en faire un abattoirJe ne suis pas un mauvais garçonMais pour toi je deviens clochard Je bois du poison, je me shooteJe prend du vin rouge et des gouttesAvec une feuille de boucher je fonce au barMême si je dois y laisser ma vie
In Les Débats du 21-27 octobre 2009

lundi 29 mars 2010

L'épopée de la bataille de Timimoun

Mon premier documentaire pour la télévision
Tourné en octobre 2009, il a été diffusé en décembre 2009. D'une durée 57 minutes, il a été réalisé en trois versions (arabe, français et berbère) voici un court extrait de la version en français.

Lire aussi...

Le 15 octobre 1957 des méharistes désertent dans le sud algérien et se retrouvent face aux terribles paras de Bigeard dans une des bataille les plus importante durant la guerre de libération en Algérie. Ce documentaire raconte cette épopée avec les témoins Algériens et Français de cet événement qui en son temps avait suscité l'intérêt du monde entier. La question du sud algérien s'est posée alors réellement comme enjeu politique alors que l'indépendance de l'Algérie n'était pas à l'ordre du jour.



lundi 15 mars 2010

L’Algérie république des zaouïas et des tribus


Baya Gacemi brosse d’abord le tableau des réseaux et détermine également leur nature, les zaouïas, les tribus, les associations, la famille révolutionnaire, le Malg et les services secrets (elle aurait pu aussi citer les comités de supporters et les syndicats autonomes…), avant de donner la parole à l’historien Daho Djerbal, à l’avocat Nacer Eddine Lazzar et au sociologue Tahar Houcine.

Pour elle, la renaissance des zaouïas qui ont soutenu fortement le président Bouteflika n’est due qu’à «l'œuvre des différents pouvoirs qui se sont succédés depuis 1989».

Dans la même veine, elle précise que les hommes politiques en Algérie attachent à faire valoir leurs tribus ou les tribus qui les soutiennent et le président Bouteflika «qui ne se réclame d'aucune attache tribale a ressenti, en 1999 et en 2004, le besoin de s'adosser à un fief. Il s'est alors tourné vers les zaouïas, dont il savait qu'elles étaient très fortement liées aux tribus, sans toutefois commettre l'erreur d'en favoriser une plus que d'autres».
Quant aux tribus, leur influence, même du temps du parti unique, a également joué dans les découpages administratifs.

La société civile qui n’existe pas autrement aux yeux de Baya Gacemi, lorsqu’elle est visible dans des regroupements comme les comités de quartiers, ce sont «les yeux et les oreilles des autorités», selon une étude faite en 2000 (elle ne cite pas ses sources à ce propos). Quant aux associations, elles naissent «avec, à leur tête, des gens habituellement éloignés de la vie associative, mais très motivés par les bénéfices qu'ils peuvent tirer de la sollicitude du pouvoir à leur égard».

Pour elle, le comité national pour le soutien au programme de Bouteflika, regroupement d’associations diverses, n’a été mis en place par ses membres que «dans l'espoir d'un renvoi d'ascenseur à l'occasion des prochaines élections législatives (…) afin qu'un certain nombre des leurs soient en position éligible sur les listes…»

Concernant la famille révolutionnaire, Baya Gacemi cite l’historien Mohammed Harbi. A propos de l'organisation des moudjahidine, pour lui cette organisation «n'existe que par rapport à l'Etat, pas par sa capacité à mobiliser. Auparavant, elle dépendait du FLN, lequel n'était lui-même qu'un paravent étatique. Nous sommes en train d'assister à une décompression autoritaire».

Pour les services secrets, Baya Gacemi rappelle la puissante et redoutée sécurité militaire et elle rapporte les propos d’un officier à la retraite qui soutient que la réputation des services secrets est surfaite. «Le président Bouteflika joue beaucoup sur les divisions entre le DRS et l'état-major. Il veut démilitariser le système politique, donc «civiliser» les services. Or cette démilitarisation est conforme aux souhaits de la nouvelle garde de l'armée. Le DRS se sentait fort de sa connexion avec elle. S'il perd ce lien, il perd toute sa force», indique cet officier sous le couvert de l’anonymat.
Pour l’historien Daho Djerbal, l’Etat «préfère les relais clientélistes à une société civile libérée, qui serait le moteur du développement ». Pour les associations qui manifestent une volonté d'indépendance, Djerbal indique qu’on leur fabrique des problèmes internes : «Ou bien on essaie de les corrompre, ou encore on les noie au milieu d'une multitude d'autres associations qui ont le même objet, tout cela laissant une impression de liberté de façade.»

Pour cet historien «les nouveaux mouvements culturels et identitaires s'expriment tous par l'émeute», celle-ci étant une forme de modernisation de la société, «car elle prouve que, même réprimée, elle garde tous son ressort».

Pour l’avocat Nacer Eddine Lazzar, les réseaux d’affaires sont plus puissants que les tribus, zaouïas et associations. Il indique que «l'interdiction d'importer des alcools (adoptée par la loi de finances 2004) a été décidée pour plaire aux lobbys des producteurs d'alcool algériens, lesquels ont des soutiens à la Banque d'Algérie». Il évoque aussi le rachat des créances douteuses d’entreprises privées qui ont profité de la manne des crédits accordés par les banques publiques sans avoir à les rembourser, mais sans citer d’exemples précis. «Maintenant, on parle d'amnistie générale. Eh bien, l'amnistie va inclure ces gens. Sauf que cette amnistie générale, c'est une hérésie, car elle met de côté le droit pénal», conclu Lazzar.

Pour le sociologue Tahar Houcine «les tribus constituent des réseaux dormants que l'on peut ranimer à n'importe quel moment. C'est ce qui explique que, lors de chaque échéance électorale, les candidats, quelle que soit leur idéologie, se tournent vers leur tribu d'origine». Par ailleurs, il indique que l’implantation de cités universitaires et des aéroports dans les régions éloignées favoriseraient les déplacements et l’instruction, ce qui casserait cette influence des tribus et permettrait une plus grande démocratisation.
A propos de la censure, le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia avait, dans une conférence de presse sur le bilan du gouvernement, indiqué que l’Algérie n’avait pas de systèmes de censure alors qu’on lui avait cité des cas d’interdiction d’entrée de certaines publications étrangères répétées ces derniers temps.

Synthèse de Amine Esseghir
In La Nouvelle République, mars 2005.

vendredi 22 janvier 2010

Racisme anti-africain à la télé Algérienne
Le chaudron de l'ignorance

Un clip musical, passé quasiment inaperçue dans le fatras des clips de soutiens à l'équipe nationale, ne fait que reprendre à son compte un des pires clichés raciste anti-noir.


Une scène de jungle tropicale qui rappelle sous certains aspects le jardin d'essai du Hamma, celui là même qui a accueilli en d'autres temps, cette autre imposture intellectuelle de son temps, les scènes du film Tarzan avec Johnny Wesmuller (1).
En arrière plan des « blancs », des supporters Algériens, en témoignent leur accoutrement. En premier plan des noirs dont un devant un chaudron fumant. Les supporters blancs sont attachés à un arbre comme dans la plus ridicule des bandes dessinées qui caricature l'explorateur blanc capturé par des sauvages Africains.

Image du clip de Amine Titi

On comprend vite qu'il s'agit bien de cannibalisme. C'est ce qui est présenté dans ce qui s'apparente à un clip musical, lorsque une des « victimes » dit « ya Amine rak rouht chtitha Titi ». Le chanteur, Amine Titi n'a rien trouvé de mieux pour illustrer son clip sur l'équipe nationale en Afrique, pour la CAN et la coupe du monde, que de recourir au plus stupide des clichés racistes, les Africains cannibales. Pour l'histoire, si tant est que l'on puisse appeler cela une histoire, un enfant découvre un passeport dans les affaires des « explorateurs-supporters » et dit République Algérienne. C'est comme cela que les supporters seront sauvés d'une chtitha qui se déroule dans les cerveaux lourdauds des concepteurs du clips avant qu'elle n'aie lieu supposément dans le chaudron mis en scène. Les rythmes Africains de « olé ola na'aoudoha fi Angola » (olé ola on la refait en Angola ) c'est le titre de la chanson et même la participation d'un chanteur Africain (apparemment Kabila Congo ?) n'expieront pas la faute des concepteurs du clip.
Mais plus grave encore, c'est que ce cliché raciste est diffusé par la télévision publique Algérienne sans faire sourciller personne, notamment les responsables de la programmation de la télévision (2) prompt à censurer des images bien plus anodines.
Ce même clip, ce même concept, diffusé ailleurs aurait soulevé un tollé. Il est d'autant plus intolérable de le diffuser en Algérie alors que la chanson dit « Mandela nous arrivons ». Mais qui est Mandela ? Les Algériens ne l'ignorent pas. Un des symboles de la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud n'en est pas moins un symbole de lutte contre le racisme et le racisme ce n'est pas seulement une ségrégation entre gens de couleurs différentes. Certainement que la lutte contre l'idée raciste elle même commence par la lutte contre les clichés.
Nous Algériens sommes-nous coulé depuis si longtemps dans le béton de notre ignorance que nous ne pouvons plus voir ce que nous commettons comme injures à l'humanité ?
Les clichés sur les races c'est ce qu'il y a de pire. Le noir c'est le sauvage et le cannibale, l'arabe c'est le sale et le fainéant, le juif c'est le félon et le détenteur de la richesse. Cela a cautionné l'esclavage et les conquêtes dites civilisatrices en Afrique, cela a permis la colonisation en Algérie et les massacres qui l'ont accompagné et l'extermination de millions de juifs au milieu du XXe du siècle.
Amine Esseghir


1- film datant de 1932

2- Vu en soirée sur A3 mercredi 13 janvier 2010


Cannibalisme
L'Africain noir cannibale est certainement la pire des accusations que l'humanité ait portée à une partie d'elle même quand cette pratique est probablement une des plus commune à tous le genre humain. En Europe on parle de l'homo antecessor – espèce précédent l'homme de Néanderthal - qui il ya 800 000 ans pratiquait l'anthropophagie, les preuves ont été trouvées sur les restes d'ossements humains trouvés en Espagne. Mais si 800 000 peut paraître éloigné, la culture Européenne dans l'antiquité avait mis souvent des actes d'anthropophagie devenus des mythes. Cronos mangeant ses enfants, le cyclope Polyphème qui voulait dévorer Ulysse et ses compagnons ou encore le peuple anthropophage des Lestrygons également dans l'Odyssée d'Homer. Selon Hérodote, historien du Ve sicèle avant JC. plusieurs peuples (les Massagètes, les Padéens, les Issédons, les Scythes ou encore les Thraces), avaient dans leurs traditions funéraires des rites nécrophages ou bien sacrifiaient leurs vieillards et leurs malades avant de les faire cuire pour les manger. Si nous sommes dans le mythes, pour des anthropologues comme Robert Graves, ces mythes n'émanent pas du néant et tireraient leur origine des pratiques anciennes des peuples anthropophages européens contre qui les grecs ont du se battre. Au Moyen Age le cas de Maarat Enou'man est illustratif de la pratique cannibale en tant qu'acte de guerre. Cette ville de Syrie se trouvait sur le chemin des croisés qui allaient en Palestine. En 1098 après le siège de la ville les croisés ont pu entrer à Maarat Enou'man. De nombreux historiens se fondant sur des sources concordantes (chrétiennes et musulmanes) ont établi que les croisés se sont nourris de chaire humaine. Un chroniqueur Raoul Caen écrit « À Maarrat, les nôtres faisaient bouillir des païens adultes dans des marmites, ils fixaient les enfants sur des broches et les dévoraient grillés ». De toute évidence les pratiques cannibale ont existé sur toute la planète qu'elles aient été exprimé en tant que rite religieux ou comme acte de survie ou expression de la haine. A.E.
Les Débats du 20 au 27 janvier 2010 (édition en kiosque)



Rechercher dans ce blog